3 janvier 2010

Un petit peu en retard ...

A toutes et à tous qui passez par ici, je souhaite une très belle année 2010, riche en aventures et découvertes littéraires (ou autres) !!

J'aurais bien voulu mettre une jolie photo pour égayer ce billet, mais mon ordinateur n'aime apparemment pas les débuts d'année, puisque comme l'année dernière à la même période, il refuse de se mettre en route !

C'est donc contrainte et forcée que je m'accorde une pause supplémentaire de quelques jours, juste le temps de le remettre en état ! En attendant (pas trop longtemps, j'espère), j'irai squatter quelques ordinateurs-amis pour lire vos billets !

A très bientôt !

18 décembre 2009

Le poids des secrets - Aki Shimazaki

Impossible de terminer l’année sans vous parler de la sublime pentalogie d’Aki Shimazaki, Le poids des secrets. Les deux premiers tomes faisaient partie de mes préférés de l’année dernière et les trois derniers m’ont enchantée tout autant, même si je n’ai pas écrit un mot à leur sujet au moment de leur lecture, faute de ne pas savoir leur rendre un juste et enthousiaste hommage. Pas sûr que j’y parvienne davantage aujourd’hui !


A travers les destins croisés de Yukio, Yukiko, Mariko, Kenji et finalement Tsubaki (qui boucle la boucle), Aki Shimazaki nous raconte l’histoire du Japon au 20ème siècle. Chaque personnage livre la même histoire, dans sa propre perspective et à une époque différente. Les histoires intimes de ces personnages se croisent et s’imbriquent et pourtant, certains ne se (re)connaîtront pas.

Les personnages ont en commun de porter un très lourd secret et Aki Shimazaki aborde avec pudeur et sensibilité les thèmes de l’exil, l’identité, la filiation, le racisme, la mémoire, le mensonge, la vieillesse. Autour de ces tragédies personnelles, sont évoquées les périodes les moins glorieuses et les plus noires de l’Histoire du Japon contemporain (les difficiles relations entre le Japon et la Corée et la discrimination des coréens installés au Japon, le rôle du Japon dans la seconde Guerre Mondiale) et les grands drames qui ont forgé cette Histoire : la bombe sur Hiroshima et Nagasaki et leurs millions de victimes, le tremblement de terre de 1923.

Ces courtes histoires, à la fois douces et tragiques, sont cependant porteuses d’espoir et de lumière.

L'écriture est fine, sensible, concise. Pourtant Aki Shimazaki écrit directement en français, langue de son pays d’adoption, le Canada, où elle réside depuis de nombreuses années.

Le poids des secrets reste au top de mes lectures adorées pour 2009, je ne peux que vous conseiller vivement la lecture de ces petits romans. Vous passeriez vraiment à côté de quelque chose !






Il ne me reste plus maintenant qu’à vous souhaiter de très belles fêtes de fin d’année et un très bon début d’année.

Je vous retrouve l’année prochaine !



Le poids des secrets – Aki Shimazaki
Actes Sud / Babel
Tsubaki – Babel 2005 - 115 pages
Hamaguri – Babel 2007 – 112 pages
Tsubame – Babel 2007 – 116 pages
Wasurenagusa – Babel 2008 -123 pages
Hotaru – Babel 2009 - 132 pages

17 décembre 2009

let it snow, let it snow, let it snow !

16 décembre 2009

Absente - Megan Abbott

Jean Spangler, danseuse et aspirante actrice de vingt-six ans, se volatilise mystérieusement le 7 octobre 1949 à Los Angeles. Elle n’a jamais été retrouvée. En fait, seul son sac à main sera retrouvé, contenant une note sibylline adressée à un certain Kirk, (Kirk Douglas, qui était la star du film où elle avait un petit rôle ?).Megan Abbott s’est inspirée de ce fait divers qui a passionné l’Amérique, autant que la mystérieuse affaire jamais résolue du Dalhia Noir, dans les années 50.

C’est donc une fiction que nous propose Megan Abbott. Elle met en scène Gil Hopkins (comme le héros de James Ellroy), prêt à tout, comme Jean Spangler, pour vivre le grand rêve hollywoodien. Deux ans après la disparition de Jean, Hopkins, devenu attaché de presse pour un grand studio, est contacté par Iolène, la meilleure amie de Jean, qui l’accuse d’avoir privilégié la protection des acteurs impliqués dans l’affaire plutôt que d’avoir agi pour la recherche de la vérité. Hopkins est en effet l’une des dernières personnes à avoir vu Jean quitter la boite où ils passaient la soirée avec un duo d’acteurs à la réputation sulfureuse.

En amatrice de films noirs américains de série B (j’en ai regardé beaucoup, il y a quelques années), j’ai beaucoup aimé cette évocation du Hollywood des années 50, cette industrie du cinéma qui vendait du rêve à des millions de personnes mais broyait impitoyablement les espoirs d’une foule de jeunes starlettes venues tenter leur chance. Megan Abbott mêle adroitement fiction et réalité en évoquant des personnages réels, comme Louella Parsons, redoutable commère qui, d’un seul mot assassin, pouvait ruiner tout espoir de carrière, ou Barbara Payton, starlette capricieuse à la carrière déclinante, où encore ces acteurs adulés, personnages parfaits sur la toile, mais complètement déboussolés, parfois pervers, dans la vraie vie.

Pas vraiment une "pulp fiction", genre en vogue dans ces années-là, Absente se présente davantage comme une "redemption novel", construit à la manière des films noirs, avec un scénario apparemment simple, où l’ambiance compte plus que les rebondissements (amateurs de frissons, s’abstenir). Gil Hopkins est un vrai personnage de film noir. Ambitieux, sans état d’âme et déterminé à réussir dans un environnement impitoyable, séducteur et cynique, il reste cependant sincère et retrouve son intégrité, en s’investissant dans cette enquête, dont il ne sortira pas indemne.

C’est le premier roman traduit en France de Megan Abbott.

L'avis d'Emeraude, qui a été déçue.


J'aime beaucoup la couverture choisie par les éditions Sonatine, parfaitement représentative de l'ambiance du roman, mais je trouve que la couverture de l'édition américaine n'est pas mal non plus.











Absente – Megan Abbott
Traduit de l’anglais (US) par Benjamin Legrand
Titre original : The song is you
Sonatine – novembre 2009 – 300 pages

14 décembre 2009

Thérapie - Sebastian Fitzek

Viktor Larentz est un psychiatre berlinois réputé, spécialiste du traitement de la schizophrénie et grand habitué des talk-shows télévisés où son expertise est fréquemment requise. Sa vie bascule le jour où sa fille Josy, 12 ans, atteinte d’une mystèrieuse maladie, disparaît inexplicablement alors qu’il l’avait accompagnée chez un confrère.

Dévasté par cette disparition, Viktor Larentz quitte Berlin et s’isole dans l’île de Parkum, petite île de la mer Baltique, où il possède une maison. Alors que s’annonce une tempête redoutable, une troublante jeune femme, impeccablement et luxueusement vêtue (cachemire, tailleur Chanel et stilettos, détails qui ont leur importance !) s’annonce à la porte de l’ex Docteur Larentz. Auteur de livres pour enfants, Anna souffre de schizophrénie aigüe. Elle se déclare hantée par les personnages de ses romans, en particulier par la petite Charlotte, 9 ans, dont elle entreprend de raconter la terrible histoire, afin de convaincre Viktor Larentz de se charger de son cas, malgré sa décision de ne plus pratiquer. L’histoire ressemble étrangement à l’histoire de Josy.

Au moment où nous faisons sa connaissance, Viktor est lui-même hospitalisé dans une clinique psychiatrique et se confie au jeune docteur Roth.

Presqu’aussi bluffant que Shutter Island de Dennis Lehane, beaucoup moins démoniaque que l’Analyste de John Katzenbach, Thérapie est cependant un thriller psychologique extrêmement efficace. Sebastian Fitzek possède un indéniable sens du suspense et réussit à créer une ambiance angoissante et (hyper)stressante et décrit brillamment l’évolution de l’état d’esprit de Viktor. Entre les souvenirs de Victor, les révélations terrifiantes de son invitée indésirable et l’enquête menée parallèlement par le détective engagé par Viktor, le lecteur se perd en conjectures et suppositions et se fait mener par le bout du nez. Comme souvent dans les romans policiers, les chapitres sont courts et se terminent toujours sur la phrase choc ou la révélation fracassante qui a poussé la malheureuse lectrice que je suis à poursuivre sa lecture, malgré l’heure avancée et la triste perspective d’un réveil très matinal.

Un suspense redoutable et une fin honorable, malgré un petit bémol : même si je n’avais pas deviné la toute fin, j’ai malheureusement assez vite compris le stratagème, ce qui n’a quand même pas gâché la révélation finale.

"Un roman avec un potentiel énorme … Un auteur à suivre" selon Béné , qui m’avait donné envie de lire ce livre.



Thérapie – Sebastian Fitzek
Traduit de l’allemand par Pascal Rozat
Titre original : Die Therapie
L’Archipel – 2008
Le Livre de Poche – 2009 - 312 pages

10 décembre 2009

La douce empoisonneuse - Arto Paasilina

Linnea coulerait une retraite paisible avec son chat câlin dans sa jolie petite maison rouge au bord de la forêt (avec sauna dans le jardin), n’était son vilain neveu, ou plutôt le neveu de son défunt mari le colonel Ravaska, ivrogne et braillard, qui vient lui extorquer chaque 1er du mois sa maigre pension.

Lorsque l’exécrable Kakke, accompagné de deux comparses tout aussi crétins et abominables, veulent la contraindre à signer un testament en leur faveur, la colonelle décide que, trop, c’est trop, et est déterminée à en finir avec la vie. Pour cela, elle aura besoin de l'aide de Jaako, son ancien amoureux, médecin de son état et qui possède chez lui tous les ingrédients nécessaires à l’élaboration du poison foudroyant qui la délivrera des tourments de ce monde.

Bien évidemment, rien ne se déroulera comme prévu. La (pas si) gentille vieille dame va vivre des aventures rocambolesques et rencontrer des personnages tout aussi désopilants les uns que les autres.

Voilà un petit livre qui se lit avec le sourire, "Arsenic et vieilles dentelles" version finlandaise, avec une vieille dame attachante et des méchants vraiment trop stupides, et en filigrane, une description de la société finnoise pas si réjouissante.

Merci à Pascale , qui a proposé ce titre dans la chaîne des livres.

Les avis de Goelen, Yoshi, Leiloona, Cécile, Blue Grey, Emmyne. Yohan a lu "Petits suicides entre amis".







La douce empoisonneuse - Arto Passiilina
Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Titre original : Suloinen myrkynkeittäjä
Folio - 225 pages

6 décembre 2009

Le sari vert - Ananda Devi

"Je ne suis pas l’apôtre du poli … Si vous souhaitez des joyeuseries, passez votre chemin. Si vous pensez sortir d’ici le ventre grouillant de bons sentiments, vous vous êtes trompé de porte. Gens qui criez trop fort sans avoir rien à dire, écoutez-moi si vous le voulez ou foutez le camp."

Ainsi commence le long monologue d’un homme, dans une petite maison à Curepipe, à l’île Maurice. Cet homme, autrefois médecin, respecté et adulé, le "Dokter Dieu", qui se considère d’ailleurs véritablement comme tel, se meurt. Il est veillé par sa fille, Kitty (qu’il n’a jamais aimée), et sa petite fille rebelle Malika (qu’il déteste carrément). Entre eux se tisse un dialogue d’une extrême violence.

Ananda Devi se glisse avec talent dans la peau de cet homme abject, qui fut un tyran domestique, qui battait sa femme et torturait psychologiquement sa fille, qui ne cesse de justifier sa violence. Il revendique sa haine des femmes, qu’il insulte, méprise et maltraite, en particulier, son épouse, morte à vingt ans dans des circonstances mystérieuses, et sa fille, coupables toutes deux de ne pas avoir accepté sa tyrannie, la mère se réfugiant dans le silence et échappant ainsi à l’emprise de son mari, la fille en osant un jour quitter ce père redouté pour se marier.

Le narrateur dérange, même si parfois on ne peut se défendre d’une certaine empathie pour cet homme qui a vécu une enfance difficile. Cette empathie est cependant vite oubliée, tant la haine de cet homme vis-à-vis du genre humain est effrayante. Pour donner un exemple, le seul moment il fait montre d'un peu de compassion, alors que les émeutes pour l’indépendance font rage sur l’île, est pour sauver une vache blessée dans un champs, plutôt que l’homme au chevet duquel il a été appelé.

Un roman difficile et violent, mais qui réserve quelques instants de poésie, en particulier quand le narrateur évoque ce sari vert, symbole de la féminité, ondoyant dans le vent, son épouse si belle dans ce sari, mais qu’il détruira dans un de ses innombrables accès de rage, et se termine par une note d'espoir, la conclusion et la parole étant donnée aux femmes, survivantes de ce monstre.

Quatorzième roman d’Ananda Devi, c’est le premier que je lis, grâce à l’opération « Masse Critique » de Babelio, et qui me donne très envie de découvrir les précédents, ainsi que d’autres auteurs de l’Océan Indien, dont Ananda Devi me semble indéniablement une grande voix.









Le sari vert – Ananda Devi
Gallimard – septembre 2009
215 pages